09/06/12
Aponem Deburaux
EMail : deburaux@aponem.com
Tél. : 01 42 24 80 76

Estimation : 200 - 300 €
Lot n°.A
[FRANCOIS POMPON] REY Robert, «François Pompon», Collection Peintres et Sculpteurs, Les éditions G. Crès et Cie, 1928. Broché. Envoi de l'auteur au sculpteur «16-04-28 Au maître François Pompon [...]». Couverture insolée, abîmée et en partie désolidarisée. 40 planches. LE MOULAGE A BON CREUX «La moule à bon creux, est comme nous l'avons dit, le moule qui sert à la reproduction de plusieurs épreuves; il se fait sur l'épreuve obtenue dans le moule à creux perdu. Il se compose de plusieurs pièces détachées. [...] On commence par bien savonner le modèle, puis on le laisse sécher. Quand il est ainsi préparé, et afin que chaque partie du moule soit faite convenablement, on procède au calcul nécessaire. [...] [...] Quand il est convenablement sec, on détache avec soin la pièce. [...] Il est surtout important que les différentes pièces soient parfaitement ajustées ensemble; car malgré toute l'habilité employée pour ce travail, on ne peut éviter un petit intervalle entre chaque pièce, ce qui forme sur l épreuve de petites lignes saillantes: c'est ce qu'on appelle les coutures, qui s'enlèvent après.» Extrait de «Modelage, Moulage & Sculpture» Editions Mayens -Anvers (non daté) LE RÔLE DU PLÂTRE DANS LE PROCÉDÉS MODERNES DE LA FONTE À CIRE PERDUE «Le modèle en plâtre que l'artiste a confié à nos soins est enduit d'un vernis spécial; sur le tout, on appose une épaisseur de terre glaise, puis on enveloppe cette masse d'une sorte de manteau de plâtre formé de deux coquilles, qu'on appelle chapes. On ouvre ensuite les chapes, on retire la glaise, on les referme, et dans le vide laissé par la glaise entre le modèle et les deux coquilles, on coule de la gélatine qui prend une empreinte parfaite du modèle. En ouvrant alors les deux chapes et en retirant le modèle en plâtre, on a un moule en gélatine qui reproduit fidèlement en creux toutes les formes du modèle et dont l'élasticité nécessaire est soutenue par les chapes de plâtre rigides et massives.» Claude VALSUANI (Extrait de la chronique des expositions) ORIGINE DE LA COLLECTION DE PLÂTRES Au cours de leur 25 années d'amitié Pompon a offert des plâtres au couple Demeurisse à maintes occasions. René Demeurisse, mon arrière grand-père, qui sa vie durant a mis tout son coeur à soutenir l'oeuvre de Pompon, a aussi acheté des plâtres de Pompon à Emmanuel DeThubert qui était dans la misère ou auprès du marchand René Gas. Mon père, Jacques Sokolowsky a dans les années 1960 lui même acheté des plâtres provenant de collections particulières (A. Fersing, Professeur Théo Ivainer...) et a dirigé la Fonderie Valsuani. Ce n'est qu'après son décès en 2004 que j'ai découvert ces modèles en plâtre dans la cave de son domicile. C'est donc cet exceptionnel ensemble de plâtres réunis avec passion par mes parents et arrière grands-parents durant près de cent ans que je présente aujourd'hui aux amateurs et aux admirateurs de l'oeuvre de Pompon. NS RAPPORT D'ÉTAT Les plâtres, oeuvres d'une extrême fragilité sont soumis à bien des aléas. Quand nous les avons reçus à l'étude, de nombreuses pièces étaient abîmées ou, par nature, en plusieurs éléments. Afin de les présenter à un public de particuliers, nous avons pris le parti de les faire restaurer par un praticien reconnu Monsieur Marouane qui a travaillé avec les plus grands artistes et notamment Dubuffet. Ces restaurations que nous avons voulues les plus légères possible, n'ont porté que sur l'assemblage des pièces. Afin d'être le plus transparent possible, nous tenons à la disposition des amateurs lors des expositions les photographies prises à la sortie des caisses témoignant de l'état dans lesquelles les oeuvres avaient été longtemps entreposées. APONEM FRANÇOIS POMPON (1855-1933): UN SCULPTEUR D'AVANT-GARDE Maison natale de Pompon à Saulieu Archives A. D. Jocelyn Reboul nous a quittté cet hiver. Son long combat contre la maladie ne lui aura malheureusement pas permis d'achever l'ouvrage qu'il comptait publier, pas plus que de voir cette vente devenir réalité, lui qui avait vu chaque plâtre et pour lesquels il avait entrepris de rédiger des fiches. Ces notes ici publiées soulignent l'acuité intellectuelle qui n'a jamais cessé de l'habiter, elles ont pour nous une importance toute particulière. Si François Pompon par son travail avec Rodin et Camille Claudel appartient au XIXème siècle, son oeuvre personnelle le rattache pleinement au XXème siècle. C'est à partir de 1905 qu'il développe son bestiaire animalier aux lignes épurées et formes lisses, délaissant alors totalement la figure humaine. Créant une nouvelle poésie du volume, les attitudes qu'il donne à ses animaux lui permettent une recherche sur les rapports de la lumière, matière et espace. D'un tempérament discret, François Pompon nous plonge dans un univers paisible et silencieux, qui invite à la contemplation et la méditation. Dès les premières années du XXème siècle, une partie des élèves et des praticiens de Rodin, cherchent à s'affranchir de l'ascendant du grand sculpteur romantique qui domine la sculpture depuis plusieurs décennies. Citons Lucien Schnegg qui déclenche le mouvement entouré de Charles Despiau, Wlérick, Drivier, Dejean etc. Citons également les animaliers comme Jeanne Poupelet et François Pompon. Ces derniers s'unissent par la volonté de se tourner vers des valeurs classiques; c'est à dire, ni cubisme, ni romantisme expressionniste ou impressionniste. Pour les sculpteurs animaliers, il s'agit également de rompre avec la filiation d'un autre géant du romantisme: Antoine Louis Barye. Si Maillol, Joseph Bernard et Lucien Schnegg ouvrent la voie du modernisme pour la «figure humaine», François Pompon fait entrer la sculpture animalière dans l'ère de la modernité dont la «synthèse» sera la caractéristique première. Les arts égyptiens ou chinois ainsi que le «japonisme» (déjà en vogue en 1880) serviront d'inspiration théorique et décorative aux artistes. La simplicité est la complexité résolue». Ce mot de Brancusi s'applique parfaitement à l'art de Pompon dont la préoccupation est de restituer l'impression du mouvement avec l'handicap de la fixité. Pour cela, il lui faut observer le modèle en évolution donc travailler sur le motif (dans la campagne, au Jardin des Plantes...) en prenant des croquis ou façonner des petites esquisses en terre. Cela lui permet de dégager les lignes de force de l'animal. Pour Pompon un volume se définit dans l'espace par la pureté de la ligne et chaque sculpture peut se lire en ombre chinoise. Plus la sculpture se débarrasse des détails du modelé naturaliste, plus la forme apparaît dans son essence. Mais cela suppose une parfaite connaissance de l'anatomie de l'animal. Par exemple, si on passe la main sur le dos de «l'Ours blanc», la pièce qui l'a rendu célèbre (elle entre au Musée du Luxembourg en 1927), on peut sentir le squelette et la tension musculaire sous l'aspect lisse de la surface, ce qui nous donne la sensation que l'ours est en mouvement. Pompon a été le premier artiste animalier à adhérer aux tendances de l'avant-garde sculpturale. Si ses dessins s'apparentent à ceux de Modigliani, Marcel Duchamp, Zadkine etc., des sculptures comme «Le canard sur l'eau» évoquent le phoque de Brancusi. «La cigogne» ou «la grue cendrée» de Pompon ont les mêmes formes ovoÏdes que «l'oiseau d'or» de Zadkine (1920), «les colombes» (1913) de Barbara Heptworth ou «les colombes» de Jacob Epstein. C'est Brancusi et l'art funéraire roumain qui influencent Pompon lorsqu'il place «le condor» sur une haute colonne sur la tombe de son épouse. Pompon maîtrisait aussi bien l'art du bronze que la taille directe (il fit des pratiques pour Rodin pendant plus de quinze ans et pour Saint Marceaux plus épisodiquement). A partir de 1922, Pompon participe aux expositions de la Douce France organisées par Emmanuel de Thubert, mais il ne considère pas la taille directe supérieure à l'édition en bronze. Pompon pense que les deux techniques ne s'excluent pas (en 1919, c'est déjà un débat dépassé). Pompon expose en compagnie de Joseph Bernard «le vase aux canards» et «la taupe» à la galerie Barbazanges. 906 sera une année importante pour Pompon. En effet, il établira un contrat avec A.A.Hébrard qui lui achète «la poule cayenne» en pleine propriété (Hébrard éditera les oeuvres de Pompon jusqu'en 1924). Pompon contrôlait chaque pièce qui sortait des ateliers, ciselant lui-même et exécutant les patines quand il ne réalisait pas intégralement certaines pièces à son profit, si bien que l'on rencontre ces pièces sans cachet de fondeur (cela faisait partie des arrangements entre Pompon et Hébrard). C'est chez Hébrard qu'il expérimentera avec bonheur les patines «japonisantes» mouchetées, subtilement nuancées et riches en couleurs. Plus tard, chez C. Valsuani, d'autres types de patine apparaissent sur des épreuves parfaitement lisses, elles se caractérisent pas leur profondeur, leur transparence, conçues comme des glacis de peintres hollandais. Pompon obtenait des tons que personne n'a pu reproduire après sa mort. Bien que fidèle au Salon des Artistes Français, Pompon se joint à la Société des Artistes Animaliers Français lors de la troisième exposition en 1921 sous la présidence de Georges Gardet dont la démission sera obtenue en 1931. Pompon dominait ce salon depuis de nombreuses années en compagnie de Edouard-Marcel Sandoz. Ils fondent un salon dissident en 1927: le Salon des Animaliers Contemporains. En 1931, Pompon forme le Groupe des Douze. Il rassemble des disciples comme Artus, Hilbert, Lemar, Poupelet... ainsi que Paul Jouve, Guyot... Pompon expose dans tous les salons qui reflètent les tendances modernes. Il meurt en 1933 mais ses inventions et sa puissance créatrice font encore école de nos jours avec des artistes comme Galoyer, Conrad, Despoulain, etc... Jocelyn REBOUL. FRANÇOIS POMPON ET RENÉ DEMEURISSE Demeurisse René (né le 16 août 1894 à Paris. mort en 1961). XXe siècle. français. Peintre de portraits, figures, nus, paysages, natures mortes et fleurs. Il a participé à la plupart des grands salons parisiens [...] Il fut fait officier de la Légion d'Honneur. Parmi ses portraits on site celui du sculpteur animalier Pompon duquel il fut l'éxecuteur testamentaire... (E. Bénézit, Gründ, 1999) La mort de Pompon survint en mai 1933. Demeurisse veilla les derniers instants de son ami, soigné dans la maison de santé de Saint-Jean de Dieu, rue Oudinot. Il resta près du malade pendant deux jours avant que ce dernier ne succombe, le 6 mai. Infatigable, Pompon avait réclamé jusqu'à la fin l'esquisse de son frelon pour chercher encore à saisir le mouvement. «Il est parti sans souffrance car il était dans le coma depuis hier, écrit Demeurisse à sa femme Jeanne [...] (lettre reproduite p. 12) La cérémonie funéraire eut lieu à l'église Notre- Dame des Champs. Les hommages se multiplièrent. Aman-Jean, le vieux mentor de Demeurisse, prononça l'éloge funèbre comme il l'avait déjà fait pour Antoine Bourdelle quelques années auparavant. L'enterrement eut lieu à Saulieu, dans la ville natale du sculpteur. Demeurisse accompagna son ami vers sa dernière demeure, abandonnant ses obligations professionnelles et familiales. La nuit suivante, il procéda au rangement de l'atelier. Colette livra un article dans la revue Art et Médecine. LE TESTAMENT DE POMPON François Pompon avait préparé son départ depuis 1928. Le 5 juin 1929, il avait dicté son testament au notaire. Ce document est à la fois clair et lapidaire. Il institue légataires universels son neveu Hector Maugey et son petit-neveu Georges Armand auxquels il lègue respectivement les deux-tiers et le tiers de sa fortune. Il laissa également l'usufruit de sa maison de Saulieu à sa soeur, et léguait à l'Etat toute son oeuvre de sculpteur. «Je donne et lègue [...] 3 - A l'Etat français, toute mon oeuvre de sculpteur existant à mon décès, j'entends par là mes modèles, établis en bronze, pierre, plâtre ou toute autre matière. Mon exécuteur testamentaire détruira tout moule à bon creux, toute épreuve en plâtre en surnombre, et tout document à son gré existant chez moi, soit chez mon mouleur M. Bertault, à Quincy-sous-Sénart. J'excepte de ce legs à l'Etat français une petite terre cuite représentant le Baiser par Rodin que je lègue au musée de Dijon et l'épreuve unique de mon grand Cerf en bronze que je lègue en toute propriété à monsieur Thévenot, [...] J'institue mon ami René Demeurisse, artiste peintre, 28 rue Brancas à Sèvres (S. & O.) mon exécuteur testamentaire, plus particulièrement pour ce qui concerne mon oeuvre de sculpture, pour le remercier, je lui lègue une oeuvre de son choix, nette de tous droits et frais». La destruction des moules eut lieu devant la présence de témoins sérieux. En aout les moules et les pièces jugées inintéressantes par René Demeurisse sont cassées et brulées dans la cour, rue Campagne- Première, en présence d ?Anatole de Monzie, Robert Rey, Paul Vitry, Louis Hautecoeur, Paul Lemaonen et Fernand Vallon. Les collections publiques nous montrent que nombres de plâtres et plâtres de fonderie échapèrent à cette destruction (collection du Musée d'Orsay, Musée François Pompon à Saulieu, Musée des Beaux-Arts de Dijon,...). L'ENGAGEMENT DE RENE DEMEURISSE François Pompon n'aurait sans doute pas institué exécuteur testamentaire un ami artiste en lequel il n'aurait pas eu totalement confiance. Le dévouement fidèle de Demeurisse durant toutes ces années, lui avait prouvé sa sincérité. En retour, l'acceptation de Demeurisse était la marque de sa réelle affection. En droit, l'exécuteur testamentaire est désigné dans le testament pour administrer une succession, selon les volontés du testateur. A la mort de l'auteur du testament, l'exécuteur à certains impératifs: organiser les funérailles, dresser un inventaire des biens, payer les dettes de la succession et distribuer les héritages. Ce peintre tenta avec la sensibilité d'artiste de mener au mieux la vie de l'oeuvre de Pompon après sa disparition et vécu son engagement comme un véritable devoir de mémoire envers son ami sculpteur disparu. René Demeurisse fut naturellement affecté par la disparition de François Pompon. «On en revient toujours à cet espoir puéril: Si Pompon était encore là», écrit-il dans la préface du catalogue illustré des oeuvres de François Pompon, édité par la Société des amis du Muséum, en 1934. Le peintre commençait à peine à remplir la mission qu'il avait accepté sans supposer sa complexité et son aliénation. SOUVENIRS DE JEANNE DEMEURISSE (1897-1997) Afin d'évoquer les liens étroits qui unirent les deux hommes au-delà de la disparition de Pompon ainsi que l'importance du rôle de René Demeurisse, nous avons retranscrit ici les notes manuscrites de Jeanne Demeurisse. «La notoriété de Pompon date du Salon d'Automne 1922 avec son grand Ours blanc. Mais, voici ce qui s'était passé auparavant. En 1919, une commande est faite à mon mari d'une pierre tombale gravée à la manière gothique, à la mémoire d'un jeune lieutenant J.G Rey, tombé au Champ d'Honneur en 1914. [...] il fallait un praticien pour la graver dans la pierre. Sur les conseils de Lucien Simon, il s'adressa au sculpteur D. Dampt qui lui dit ceci: «-Je connais au 3 rue Campagne Première un praticien qui travaille chez Saint Marceaux, il vous fera cela très bien.» Le 12 octobre de la même année, mon mari fait ainsi connaissance de Pompon, lui passe la commande et, à se voir régulièrement jusqu'à la fin des travaux en 1920, des liens affectifs se nouèrent entre eux. Un jour, René, intrigué de voir sur une étagère de l'atelier des cornets de papier de soie, coiffant des formes confuses lui en demande l'explication. Pompon répondit simplement -Ce sont de petites sculptures que je m'amuse à faire. René demande à les regarder et eut la surprise de voir de véritables chefs-d'oeuvre, ces études qui n'étaient autres que l'oie, le canard, la poule d'eau etc... dans toute la beauté et la pureté de leur ligne. -Mais Pompon, vous êtes un grand artiste, et moi, qui ose vous diriger...je ne suis qu'un pauvre gosse!» Leur profonde amitié data de ce jour là [...] Après de longues causeries et méditations, ils tombèrent d'accord tous deux pour l'exécution de l'Ours polaire «grandeur nature» Pendant un an, mon mari vint tous les jours, l'encourager et juger des progrès de ce majestueux animal. Un fois l'oeuvre terminée, René nommé placeur au Salon d'Automne où il était sociétaire, se mit en tête de l'y faire admettre. Il présenta au jury une photo de cette sculpture qui fut acceptée comme une oeuvre de taille moyenne pouvant être placée sur une selle. Quelle fut la surprise et l'admiration de tous ces messieurs du Comité en voyant apparaître au Grand palais cette masse superbe que l'on mit à la place d'honneur, c'est à dire, dans le hall d'entrée devant le grand escalier. Le succès de «l'Ours polaire» au Salon d'Automne fut tel qu'on ne parlait plus que de lui dans tout Montparnasse et que c'était un sujet d'orgueil pour la rue Campagne Première qui, en cette année 1922, était un véritable village A cette époque Pompon et mon mari que je ne connaissais pas encore, avaient pour habitude d'aller prendre leurs repas dans une petite crémerie-restaurant, située rue Delambre, derrière le café «Le Dôme» où se réunissaient beaucoup d'artistes. La patronne Madame Léveillé, très fière d'avoir cet hôte de marque, avait demandé à mon mari de lui peindre l'enseigne qui devait représenter l'Ours, avec l'inscription «A l'Ours blanc» Longtemps après Madame Léveillé pris sa retraite, vendit mais n'oublia pas d'emporter l'enseigne. L'atelier de Pompon, au 3 rue Campagne Première était étroit, sombre et de dimensions modestes avec au fond une soupente où l'on accédait par une sorte d'échelle. Un vieux coucou grinçait les heures. Entre un amoncellement d'outils accrochés aux murs où, déposés par terre, on découvrait des blocs de pierre, des selles supportant des sculptures d'animaux terminés, ou en élaboration. L'établi de son père qui lui servait de bureau voisinait avec la cuisinière qui, tout en chauffant l'hiver, cuisait aussi ses repas. Ici, une grande vis de pressoir, là quelques chaises et un fauteuil défoncé. Dans une excavation du mur, derrière un treillage, se nichait et roucoulait le pigeon«Nicolas» La porte d'entrée donnait sur la première cour où fleurissaient les acacias au printemps. Que de gens illustres franchirent cette porte pour rendre visite à ce petit homme barbu, aux sourcils en broussaille au dessus d'un regard malicieux et plein de bonté! Son vieux melon verdi par le temps, saupoudré de poussière de plâtre, vissé sur le haut de sa tête amusait les jeunes fidèles dont j'étais. Ce fut dans cet atelier que je rencontrai pour la première fois René Demeurisse, qui devint mon mari. C'est en cette occasion, que Pompon me dit de sa voix un peu sourde mais réconfortante au roulement bourguignon: -Ma petite Jeanne, la femme d'un artiste doit avoir beaucoup de courage, vous en avez, ayez-en encore, ayez-en toujours... En mai 1933, alors que nous nous trouvions dans notre maison de campagne, Pompon fit appeler mon mari qui constata sa grande faiblesse, son mauvais état de santé, mais sa lucidité. Avec l'avis du médecin, il fît transporter notre vieil ami à la Clinique des Frères de Saint Jean de Dieu, rue Oudinot où il mourut le 6 mai. C'est alors que mon mari eût la surprise d'être appelé par le notaire, lui annonçant qu'il avait été choisi par notre cher Pompon comme son Exécuteur Testamentaire. [La même année] mon mari organise au Salon d'Automne la grande Rétrospective des oeuvres de Pompon préfacée par Robert Rey. Il écrit aussi l'article nécrologique dans son catalogue. En décembre de la même année Anatole de Monzie, alors Ministre de l' Education Nationale, confie à mon mari l'organisation d'une salle Pompon au Muséum d'Histoire Naturelle, où l'Assemblée des Professeurs accepte la garde de l'oeuvre. 1936 Mon mari donne l'autorisation à «L' essor, Société d'artistes et artisans d'art bourguignons pour une souscription dont l'argent devait servir à la reproduction en pierre de «L'Ours» qui devait être ensuite érigé dans un jardin public de Dijon. Je garde encore un souvenir ému et exaltant des journées passées avec mon mari, au Muséum National d'Histoire Naturelle. Messieurs les Professeurs avaient prêté dans le Pavillon de Botanique, la grande Galerie du rezde- chaussée pour l'organisation et le placement des oeuvres de Pompon; ensuite pour la reconstitution de son atelier. Cela demande beaucoup de temps, de soins et de fidélité à la mémoire de notre ami. Nous y allions non seulement pendant les journées, mais souvent, après diner, munis d'une autorisation, alors que les grilles de ce jardin enchanté étaient fermées au public. Au Muséum National d'Histoire Naturelle, un projet est défendu par son Directeur, Monsieur Lemoine, pour obtenir des crédits de l'Etat et s'en servir afin de restaurer le grand bâtiment de la Baleine, tombé en vétusté, et d'y établir un véritable Musée Pompon. Ce projet fut arrêté par la guerre. Monsieur Lemoine fit transporter dès 1939 toute la collection, à l'abri dans des caisses au Château de Chambord. Il ne restait dans la Galerie de Botanique que la reconstitution de l'atelier que mon mari avait fermé à clefs. Malheureusement, des gardiens peu scrupuleux le pillèrent. Ils enlevèrent le bois de la soupente, le charbon près de la cuisinière, les sabots et tout ce qui pouvait être brulé. Certains moulages en plâtre de trouvant sur l'étagère disparurent aussi. Après la guerre les professeurs de Botanique voulurent récupérer entièrement la Grande Galerie. Les crédits manquant pour restaurer le pavillon de la Baleine, mon mari s'est vu contraint de laisser, à leur retour de Chambord, les caisses et leur contenu dans les caves du Muséum. En tant qu'Exécuteur testamentaire, mon mari fut sollicité pour l'achat du cerf par le Musée de l'Hermitage, mais il n'accepta pas de voir partir en Russie, cette oeuvre importante de Pompon. 1947 Mon mari eut un jour la visite du Chanoine Kir, Député- maire de la Ville de Dijon. Ce chanoine, figure haute en couleur, est connu de toute la Bourgogne, plus connu encore à l'Assemblée Nationale pour ses réparties et sa virulence. Il venait solliciter mon mari pour l'obtention de quelques oeuvres de Pompon pour enrichir le musée de la Ville. Après réflexion et songeant aux caisses toujours dans les caves du Muséum contenant des pièces de grande valeur artistique qui ne verraient pas le jour avant longtemps, il offrit au Chanoine, à part quelques pièces pour le musée de Saulieu, la totalité des autres caisses pour le musée de Dijon. L'ouverture et l'inauguration de la salle se fit en 1948 où le chanoine en reconnaissance et amitié pour mon mari, le fît Citoyen d'Honneur de la Ville de Dijon. Extraits des mémoires de Jeanne Demeurisse, 1994
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